L'esprit du thé

Le  thé nous est offert par la nature. Eclairé et enraciné  dans le taoïsme, l‘être humain doit suivre la Voie de la nature, et ne rien faire qui perturberait  son harmonie. Il représente le lien qui nous unit à elle. Le thé exprime cette  culture et la véhicule à travers le monde. Au-delà des diversités extérieures,  nationalités, cultures ou classes sociales, il a le pouvoir extraordinaire  de rassembler tous les êtres, en un „temps“ consacré, pour retourner à son  essence d‘abord individuelle puis universelle, réunion de l‘immense famille  humaine.

Le  thé apporte de nombreux éléments favorables à l'amélioration de l'esprit de  l'homme d'où découlera une relation humaine harmonieuse. C’est aussi l‘ambassadeur de  la paix. Il ne convient pas aux déferlements houleux, ni aux vives discussions.  Plutôt, il apaise les passions, nous ramène au centre, à la racine où l‘être  retrouve son authenticité dans sa relation à l‘autre et aux objets. Plus  qu‘autre chose, il reflète l‘impermanence de la vie. On le découvre à chaque  occasion, toujours nouveau. Il représente l‘union de l‘influx vital de  l‘univers et de l‘énergie fournie dans le travail de l‘homme, sans cesse renouvelés.

 

Le  thé nous apporte nature, paix, santé et éveil. Les maîtres du thé parlent  du comportement particulier des „gens du thé“ (personnes vivant ou vibrant avec  le thé), qui expriment toutes ces qualités et qui gardent toujours en leur cÅ“ur  l‘esprit du thé simple et sain. Permettant de calmer les passions, il  apporte l'équilibre et révèle la beauté qui en découle.
    "Tandis  que le thé parfumé apaise les six passions ,
Et que son arôme pénètre les neuf provinces ,
Nos vies comptent peu ; Reposons-nous en paix.
Voici un pays dont il faut jouir."
Zhang  Mengyang – Poète de la dynastie Tang

CHA  DAO : La Voie  du Thé
La Voie du Thé a été imprégnée  par les trois grands courants de pensées qui ont façonné la culture  chinoise : Confucianisme, Taoïsme et Bouddhisme, dans une interaction permanente de la  matière et de l’esprit. Vouloir définir la Voie, ce serait à coup sûr la déformer et lui  ôter la subtilité extrême de son essence en tentant de la cristalliser. Cette  Voie représente la Nature,  l’Origine et la Loi  universelle. Pour la ressentir, laissons plutôt les mots vibrer en nous,  laissons-les ouvrir les portes du cÅ“ur.

"La Voie chose  vague indistincte
Si indistincte et si vague
En elle sont les Symboles
Si vagues et si indistincts
En elle est une Chose
Si profonde si obscure
En elle sont les essences
Des essences très pures
En elle est la fidélité…"

Le  thé, par sa pratique, va nous permettre d’ avancer dans la Voie. Le chadao repose sur trois thèmes essentiels du taoïsme : la pureté ou purification du  cÅ“ur, la quiétude et le non-agir.

 
 

Or,  le thé possède comme propriété essentielle celle de purifier, tant sur le plan  physique que sur le plan mental (comme l'apaisement des passions, par exemple).  A l'autre extrémité, on constate que l'on ne peut pas bien préparer le thé ou  pratiquer la Voie  du Thé, si l'on n'a pas un cÅ“ur pur, c'est à dire un cÅ“ur calme, sans émotions.  Le thé reflète l'état intérieur de celui qui le prépare, mais il l'aidera aussi  à retrouver sa pureté originelle.
Il y a plus de deux mille ans, KONG ZI (Confucius) instaura une philosophie  qui, au travers de la morale et des rites, visait à établir une stabilité dans  la société. La qualité primordiale à développer était l’harmonie. Les  êtres doivent se comporter entre eux de manière aussi harmonieuse que devrait être  la relation de l’homme à la nature. C’est aussi la notion fondamentale du courant  taoïste contemporain de Confucius.
Sa morale sociale nécessitait aussi la pratique du respect à tous les  niveaux de relations.
"Thé et chan sont unis" : ce proverbe bien connu est  quelquefois exprimé d'une façon différente, nous apportant un nouvel éclairage  de cette relation : "Thé et bouddhisme (chan) ont la même  origine". Depuis toujours, on admet en Chine que le thé et le  bouddhisme sont liés par une relation prédestinée. Il existe entre eux une  harmonie naturelle. C'est au cours de la dynastie Tang (618-907) que le chan  (zen) et la culture du thé se sont développés simultanément et de la façon  la plus rapide de l'histoire.
Le thé représente une discipline bouddhiste sur le chemin vers l’éveil. De  nombreux maîtres de thé, tant chinois que japonais, ont attesté l’éveil comme  but ultime de leur art.
                     
Le thé « mondain Â» n’appartient pas à la Voie du Thé qui doit se  pratiquer dans la simplicité. Aucun artifice ne doit détourner l’attention de  l’essentiel qui est la préparation du thé.
                     
Le Bouddhisme et le Taoïsme ont en commun la pratique dans le silence, de l’assise en méditation dans le but d’obtenir le calme mental.

Le  moine-poète Jiao Ran écrivit : "Boire trois fois du thé et l'on peut  trouver la Voie".  Un autre moine célèbre, Hua Hai, déclara que pour améliorer la pratique  spirituelle, il faut suivre les trois principes suivants : boire du thé, aimer  (son prochain, la vie…) et se reposer.

La  pratique de la cérémonie du thé revêt une très grande importance. C‘est une  partie essentielle de la culture du thé qui commence au milieu de la dynastie  Tang. Lu Yu l‘a bien exprimé dans le Cha Jing (Traité du Thé). Il  insiste sur l'importance capitale du rituel. Il a beaucoup parlé de l‘esprit du  thé, des instruments, des règles de préparation. Mais c‘est son contemporain,  Feng Yan, qui a le premier utilisé les deux termes : Cha Dao.

Le  Cha Dao ne se nourrit pas de mots mais du silence. On ne parcourt pas ce chemin  par la pensée car il n‘y a pas matière à spéculer. Cette philosophie implique  la plus complète adhésion de l‘être à vivre l‘instant présent. Le thé est un  guide. Dans un état de perception extrême, laissons-le nous conduire. Dans la  concentration du corps et de l‘esprit, la manière de préparer le thé, libre et  généreuse, est portée par l‘inspiration du moment. Le style fluide, simple,  sans précipitation apporte la tranquillité aux participants. C‘est un moment de  partage où l‘individualité de chacun est dissoute.  
Depuis la dynastie Tang, de nombreuses formes de cérémonies ont été instaurées.  Nous pouvons en retrouver les traces par ces trois critères : selon la période  historique, selon la région et selon la population : le rituel impérial,  celui de la noblesse, des lettrés, des paysans, des minorités, du peuple, des  moines, etc.
Voici quelques exemples de cérémonies que nous pouvons trouver en relation avec  la province d‘origine.


Le Gongfu Cha est l‘une des plus connues. Il existe différentes  formes de ce rituel. Celui du Fujian du Sud, dont il est originaire, celui de  Chaozhou (ville située au Nord de Canton) et celui de Taïwan où les nombreux  immigrants du Fujian apportèrent avec eux cette tradition. C‘est une expression  de la culture populaire. Le thé étant très concentré, le goût tout d‘abord peut  paraître amer ; ensuite, le parfum persiste longtemps en bouche. Ces deux  régions étant productrices de thé wulong, c‘est ce thé que l‘on emploie.  Les cérémonies permettent aussi de juger de la qualité d‘un thé.
En Corée, il existe une cérémonie correspondant au passage initiatique de  l‘enfance à l‘âge adulte.  Les parents  préparent le thé à leur enfant ; celui-ci, à son tour, va leur préparer le thé  et leur offrir respectueusement. Ce geste symbolise le remerciement de l‘enfant  envers ses parents qui l‘ont élevé.

La cérémonie du thé wu wo rassemble des « gens du thé Â» de  différents horizons. Elle peut se pratiquer dans la salle d‘un temple ou  quelquefois à l‘extérieur.
Cette cérémonie est effectuée dans l‘esprit du thé, sans penser à soi. Le  « je Â» est absent, ce qui entraîne l’harmonie et la paix. Le wu wo (« sans moi Â») est la pensée principale du bouddhisme. On trouve la  même notion dans le taoïsme et dans le chan (wu zi). Au-dessus des individualités, se trouve l’unité.
Si  la Voie se fait  autant discrète, nous pouvons observer ses manifestations par la Vertu…    
Les vertus du thé exprimées par la cérémonie sont les suivantes :
Harmonie  - Respect -Silence – Sérénité
Tous  les gens dans la Voie  du thé sont une même famille

LES  CEREMONIES DE THE CHEZ LES MINORITES
La  population chinoise est composée de multiples groupes ethniques. C'est dans les  régions du Sud–Ouest de la Chine  que l'on en trouve le plus grand nombre, appelées "minorités". Dans  la province du Yunnan, vivent 26 minorités différentes. Chacune d'entre elles a  gardé ses traditions pour préparer et boire le thé. Certaines de ces coutumes  nous paraissent fort étranges. Le maître ou la maîtresse de maison, parés de  leurs costumes traditionnels colorés et magnifiquement brodés, offrent toujours  le thé de bienvenue pour accueillir leurs visiteurs :

  • Les six passions :  plaisir, colère, chagrin, bonheur, amour et haine.
  • Les neuf provinces : les différents lieux de l'organisme.

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